"Intouchables", plus qu'un film, une leçon de vie !

Affiche film Intouchables
Plus de 5 millions d’entrées en quinze jours ! Le film « Intouchables », inspiré de l’histoire d’un tétraplégique, affole le box-office. Émus mais ravis, les patients du centre de rééducation de Kerpape, à Ploemeur, saluent la performance : faire rire du handicap tout en imposant un sujet réputé sensible.

(article paru dans Le Télégramme du 17 novembre 2011)

Photo Philippe BOZZO DI BORGO et réalisateurs

Mardi, 19 h 45, au Méga CGR de Lanester. Dans la file d’attente qui s’étire pour « Intouchables », des jeunes, des seniors, des familles et quelques personnes handicapées. Scène ordinaire d’une soirée cinéma. Deux heures plus tard, le public ressort. Pas tout à fait le même. Le regard sur les voisins en fauteuil roulant a changé. Les comportements aussi.

« À la sortie du film, les gens se pressent pour nous ouvrir les portes. Certains sont même venus s’excuser de leur attitude ». Chantal a découvert « Intouchables » lors d’une avant-première au centre de rééducation de Kerpape, à Ploemeur. Quelques jours plus tard, elle s’est empressée de le revoir en salle. L’émotion n’en a été que plus forte pour cette mère de famille brestoise, paraplégique à la suite d’un accident cet hiver. Au printemps dernier, et une vie en fauteuil à surmonter, cette infirmière libérale a croisé pour la première fois, dans les couloirs du centre ploemeurois, Philippe Pozzo di Borgo, un patient a
priori comme les autres.

« Parler de nous sans trop de pudeur »
Mais « Intouchables », c’est sa vie. Portée à l’écran, l’histoire de cet aristocrate, tétraplégique à la suite d’un accident de parapente, et de son auxiliaire de vie, un petit caïd de banlieue, fait un carton monstre au box-office. Plus de 5 millions de spectateurs en quinze jours et des répliques déjà cultes : « Pas de
bras, pas de chocolat ! ». Un succès commercial doublé d’une sacrée prouesse : faire rire du handicap tout en imposant un sujet réputé sensible. À Kerpape, « Intouchables » a été plébiscité. On peut ne pas aimer mais « c’est un film populaire, proche des gens et qui leur parle », défend Ange Le Pogam, responsable de l’animation au club. Marion, une jolie jeune femme clouée dans un fauteuil depuis deux ans et demi, savoure : « Je me suis reconnue dans cette histoire. Tout est juste. François Cluzet fait passer toute une palette d’émotions dans son regard. Enfin un film qui parle de nous sans trop de pudeur ». Hélène, qui en est à sa troisième projection, se marre encore de ce spectateur, interloqué par la scène des « gants ». « Il n’avait pas compris l’allusion (la toilette intime). Faire tomber les tabous par l’humour, c’est une très bonne chose. D’accord, on est handicapé mais la vie ne se limite pas à notre fauteuil ». Après un terrible accident de la circulation, la jeune Lorientaise, âgée de 27 ans, trouve aujourd’hui la force de se reconstruire. « J’ai un enfant de six ans. Je vais retourner voir le film avec mon copain. C’est important pour moi ». Chantal s’apprête, elle aussi, à regagner son domicile à Brest. Une étape cruciale après des mois de rééducation. Au préalable, elle imposera une séance de cinéma à tous ses proches. « J’ai souvent discuté avec Philippe. C’est quelqu’un de très humble et discret. Je n’imaginais pas à quel point son histoire pouvait changer le regard sur le handicap ». Un regard de la société des valides qu’ils souhaiteraient moins compatissant. « On n’est pas là pour faire pitié mais pour vivre », s’agace Marion qui, comme Philippe
dans le film, s’est offert, cet été, un « grand kiff » en faisant un saut en parapente.

« Philippe, un être exceptionnel !»
Pour le docteur Jean-Paul Pedelucq, qui a soigné Philippe Pozzo di Borgo dès 1993, ce succès est à rechercher dans le ton du film. « Les gens seraient surpris s’ils venaient nous voir. En dépit des drames, on rit beaucoup à Kerpape. Il ne faut jamais être dans la commisération. Le moteur est dans la tête, pas dans les jambes. Cette philosophie éclaire tout le film ». Et tant mieux s’il faut bousculer l’ordre établi. Un rôle joué à merveille par Driss (Omar Sy). « Ses excès et son humour lui ont rendu sa liberté. Philippe est un être exceptionnel. En dépit de terribles souffrances neuropathiques (" douleurs fantômes "), il ne s’est jamais plaint. Il a sublimé son handicap. C’est remarquable mais il y est arrivé grâce à son auxiliaire de vie ». Quant à la relation rock’n’roll des deux complices, elle n’est pas uniquement née dans l’esprit des réalisateurs. « Abdel Sellou, son auxiliaire de vie, n’avait pas grand-chose à envier à Omar, à part peut-être son numéro de danse ». Quant à Philippe, il a salué, à Kerpape, la performance du film par ces mots : « J’applaudis des deux mains ». Humour toujours...

Powered by eZ Publish™ CMS Open Source Web Content Management. Copyright © 1999-2010 eZ Systems AS (except where otherwise noted). All rights reserved.